Samedi dernier, c’était le 14 juillet. Et qui dit 14 juillet dit bien entendu cocktail chez madame l’Ambassadrice. Donc vêtue de ma très chic robe Comptoir des Cotonniers (spéciale dédicace maman), je me suis rendue à la Résidence de France pour boire du champagne avec mes compatriotes.
La Résidence de France est ironiquement située juste à la limite de Kibera, réputé pour être le plus grand bidonville d’Afrique (800 000 habitants). Enfin je vous rassure, le jardin de 3 ha où on pourrait mettre haut la main l’équivalent de 200 habitations de Kibera, est entouré d’un mur de 3 m. Et le voisin de pallier de l’Ambassadrice est l’ancien Président du Kenya. Ca compense…
A l’entrée donc de ce petit havre de paix au milieu de la jungle urbaine, le tri est effectué par deux fiers gendarmes français parés de leur plus bel uniforme de cérémonie. Une fois qu’on a montré patte blanche, on a le droit de faire la queue pour pouvoir serrer la main des plus hauts représentants français sur place à savoir lepremierconseillerlepremiersecretaireledirecteurdelafdlecolonel et j’en passe et des meilleurs mais comme j’étais en retard, je n’ai pas eu l’honneur de serrer la main de l’ambassadrice qui était déjà partie se préparer pour faire son discours.
Je me suis donc mêlée à la foule moyennement compacte (420 participants selon certains et 1048 selon une autre évaluation en fin de cocktail par quelqu’un qui avait bu pas mal de champagne) pour écouter la bonne parole. Bien sûr on a commencé par avoir droit à la Marseillaise version massacrée par un chœur de kenyans de bonne volonté mais qui visiblement n’ont pas compris que ce n’est pas un chant où il faut rajouter des trémolos à la fin de chaque phrase, mince quoi !
Ensuite donc Mme l’Ambassadrice a fait un discours sur l’amitié franco-kényane, et après elle le Ministre Kenyan des sports, des affaires sociales, de l’éducation, des femmes, du scrabble et des stylos à bille (bref, le type à qui on a refilé tous les portefeuilles ministériels dont personne ne voulait) a fait un discours sur l’amitié franco-kényane. Mais à force qu’on se retrouve toujours avec ce sous-ministre au 14 juillet alors que à l’Ambassade d’Allemagne c’est le Ministre des Affaires Etrangères Kenyan qui fait le déplacement, je finis par me demander si il n’en rajoute pas un peu, ce type, sur l’amitié franco-kényane.
Après cela ils ont levé leur verre à la santé du Président Kényan puis à la santé du Président Français, sauf que je me suis rendue compte que comme j’étais en retard, je n’avais pas eu le temps de choper un verre et du coup c’est ballot, mais j’ai pas pu me joindre à leur toast.
A ce moment-là j’ai aussi remarqué une espèce de translation d’invités discrète vers les buffets. Dès que les applaudissements pour les discours ont éclatés, le mouvement s’est fait plus net, et plein de gens armés d’assiettes et de fourchettes ce sont jetés sur le buffet couvert de fromage coulant et puant bien de chez nous et de charcuterie en tous genres (et oui, des fourchettes, vous avez bien lu… ben ils ont encore des choses à apprendre les types qui nous organisent notre buffet de 14 juillet !).
J’ai bien vu à la tête des assiettes des Kenyans présents qu’ils étaient un peu dubitatifs face à notre enthousiasme délirant à la vue de ces victuailles. La plupart n’ont même pas osé se servir de fromage, tellement les rumeurs qui circulent dessus leur ont fait peur. Et quand j’ai annoncé à une dame qui s’apprêtait à avaler une grosse fourchette de rillettes que c’était du pâté de porc, j’ai bien senti que je les achevait. Oui parce que j’ai réalisé à cette occasion que je n’avais jamais mangé de porc au Kenya. A priori il ne s’agit pas de quelque chose d’idéologique (la majorité des kenyans sont chrétiens) mais juste d’un truc culturel : le porc, ils connaissent pas trop, donc ça leur fait bizarre d’en manger. Ça s’est bien confirmé à l’air dégoûté avec lequel elle m’a répondu « you mean… this is… PIG ???? ».
Vers 15h la plupart des invités s’étaient éclipsés discrètement d’un pas titubant pour aller faire la sieste le reste de l’après-midi. Je suis restée un peu plus longtemps encore, je me disais « ça peut pas être terminé, on n’a pas encore eu les Ferrero Rocher ». Mais j’ai attendu en vain. J’ai dû me résoudre à l’évidence : cette année non plus on n’y aurait pas droit. Décidément, les Ambassadeurs n’ont pas le sens de l’auto-dérision.
5 commentaires:
Je vois que t'es aussi hermetique que moi à ce genre de festivités.
Très marrant comment tu décris ça. On arrive vraiment bien à imaginer! J'y arrive d'autant plus qu'au MAE c'était tout aussi pathétique. Chacun venait:
1° Pour voir de loin (c'est l'avantage de la taille, on est vu de loin)le ministre (Villepin...)
2° Pour se jeter comme des sagouins sur trois cacahuètes et 5cl de champagne
Morale de l'histoire, il y a les mêmes singes partout...
Bisous
renaud
Ahaha t'as beau te plaindre, apparemment tu t'es quand meme bien gavée de bonne bouffe franco-francaise et d'un peu de champomy!
Enfin bon, je sais pas si c'etait mieux que notre petite soirée brésilienne. des preuves en image: http://www.ambafrance.org.br/saopaulo/album/14juillet/14juillet5.htm
Classe non??
Donc vous confirmez, vous non plus vous n'avez pas eu droit aux ferrero rocher ? C'est ce que je dis, aucun humour vraiment dans la diplomatie !
Pas plus de Ferrero en Colombie, mais les mêmes rillettes et le même fromage...
En revanche, ils ont plutôt été radins sur le "champagne" cette année. Même en usant de toute mon influence auprès des 2 maîtres d'hôtel attitrés de la résidence (il faut toujours avoir se entrées là où il faut), je n'ai réussi à récupérer que la dernière coupe, même pas la dernière bouteille... Enfin, j'essaierai de montrer des photos de tout ça dès que je les auaris récupérées.
En attendant, c'est bien de voir que le 14 juillet, tous les français à l'étranger (et qui se donnent la peine de se déplacer pour aller manger) vivent la même chose...
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