lundi 30 juillet 2007
Dimanche matin
Pas facile de sauver les pauvres
D'abord, il faut réussir à survivre aux fêtes de départ organisées le vendredi soir. Faudra d'ailleurs qu'on m'explique pourquoi les gens s'acharnent à faire des fêtes de départ le vendredi soir et pas le samedi. Bon, survivre au sens se réveiller le lendemain, passe encore. Mais survivre pour être assez en forme pour se lever à 9h et être capable de donner derrière un cours de compta, c'est moins évident, moi j'vous l'dit !
Ensuite il faut survivre aux trajets en matatu, les transports en commun locaux (ben oui, ça le fait pas trop de débarquer dans le slum en 4X4...), et à la circulation kenyane en général. Et c’est pas le plus facile. Les conducteurs kenyans ont en particulier une super faculté à créer des embouteillages. Un exemple qui m’est arrivé samedi, sur le trajet du retour: vous prenez un rond-point, vous y faites entrer en même temps 2 camions, 4 matatus, 5 voitures, une charrette à bras et une moto, et vous observez. Et ben chacun va réussir à s'imbriquer dans la circulation de sorte qu'il empêche les autres de sortir du rond point tout en étant lui même coincé par un véhicule... Bref, quand plus personne ne peut bouger d'un millimètre tellement ils sont collés-serrés, quand les voitures qui arrivent sur le rond-point se sont bien approchées au maximum pour être sûres que ceux qui sont déjà sur le rond-point ne puissent pas reculer, chacun passe sa tête par la fenêtre pour regarder les autres d'un air ébahi en se demandant comment qu'on va faire. Sauf qu'à ce point-là moi j'ai l'impression qu'à part amener une grue par hélicoptère pour enlever deux ou trois véhicules, y'a pas beaucoup de solutions.
Il faut reconnaître qu’en plus dans cette situation il y avait une circonstance aggravante: un camion avait effleuré un matatu et avait légèrement enfoncé sa carrosserie qui à mon humble avis ne ressemblait pas vraiment à grand chose avant, donc je voyais pas trop le problème. Mais le chauffeur du matatu n’était visiblement pas de cet avis. Il faut savoir qu'au Kenya, le constat à l'amiable n'existe pas. Normalement, il faut laisser les véhicules en place (oui, oui, au milieu de la route) et appeler la police qui met en moyenne une heure à arriver et qui, armée de mètres de couturier, constate l'accident en prenant des mesures dans tous les sens, avant de déclarer que celui qui est en faute c'est celui qui lui a refilé le backshish le moins élevé, vous voyez le genre. Bon sur ce là le problème c'était que les deux chauffeurs en question n'avaient probablement ni permis de conduire ni assurance, donc ils préféraient régler ça entre eux, c'est à dire que tout le monde était sorti de son véhicule et qu'ils étaient en train de s'engueuler au milieu du rond point, totalement insensibles au drame qui était en train de se nouer autour d'eux avec tous ces véhicules qui se rapprochaient, se rapprochaient, et avaient fini par former un puzzle inextricable...
Moi j'avais la chance d'être montée dans le seule matatu tellement pourri qu'il n'avait même pas de sono, du coup j'écoutais peinarde mon mp3 (c'était samedi, j'étais pas pressée) en rigolant tout bas et en me demandant comment ils allaient bien réussir à nous dépatouiller de ce merdier géant. Ben chapeau les mecs ! Y'a trois vendeurs de tickets de matatus qui sont sortis de nulle part et on commencé à lancer des instructions, genre toi tu braques à droite et tu avances de 3 cm et demi, pas 4 attention, 3 et demi hein ! Et toi tu recules doucement en contre-braquant légèrement, vas-y c'est bon... Et à coups d'instructions de ce style, ils ont réussi à faire sortir tout le monde du rond-point ! Bref, j'étais enfin de nouveau en route vers mon repos bien mérité.
Tout ça pour dire que c'est pas toujours facile de vouloir aider les pauvres. Heureusement qu'on est bien récompensé parfois. En exemple, je vous mets des petites photos du sublime cadeau que les femmes d’une des 2 assoces m'ont préparé rien que pour moi
pour me remercier de mon aide...
mercredi 25 juillet 2007
Le safari pour les nuls
Parce qu’il faut savoir que les animaux ne sont pas tous égaux devant l’œil expert de l’aventurier du week-end. C’est donc tout un art de ne pas s’extasier devant n’importe quoi. On repère vite le débutant qui s’extasie devant un bête zèbre, mais on l’identifie aussi facilement au fait qu’il ne s’extasie pas avec suffisamment de ferveur devant un léopard. Bref, quelques explications.
La grande règle générale à retenir est que l’herbivore est moins intéressant que le carnivore. Les zèbres, les gnous, les gazelles et autres antilopes de tout poil, c’est mignon mais enfin, c’est d’un commun ! Ensuite perso je garde une petite affection particulière pour les girafes. Ben c’est quand même joli une girafe, non ? Quand aux éléphants, rhinos et hippopotames, ils ont un statut un peu supérieur dans la hiérarchie des herbivores. Surtout les rhinos noir, paske un rhino noir c’est pas facile à voir. D’ailleurs un rhino noir c’est pas noir. Tout comme un rhino blanc, c’est pas blanc. Mais je garde ce type de détail d’ultra-spécialiste pour en mettre plein la vue à ceux qui viendront me voir et avec qui je vais pouvoir me la jouer la chauffeuse de safari qui s’y connait trop bien en animaux.
Bref, enfin n’empêche que le carnivore c’est toujours mieux. Le fauve, le vrai. Et surtout le lion, le léopard et le guépard. La hyène n’est pas sur le podium. Désolée, la hyène. Dans les trois il faut le savoir, le plus top moumoute, c’est le léopard. Parce que le léopard étant un animal nocturne qui de plus vit dans les arbres, c’est pas facile à spotter. Et forcément, c’est la bête loi du marché, plus c’est dur à voir, plus on est content quand on le voit.
Ensuite il y a des niveaux dans le léopard. Genre entrapercevoir en plissant les yeux et en y mettant une pointe d’imagination un léopard que le chauffeur de matatu* d’à côté vous indique parce que vous auriez été bien incapable de le voir vous-même tellement il est bien caché sur sa branche d’arbre au milieu du feuillage touffu d’un accacia, ça compte moins que voir un léopard traverser paresseusement la piste devant votre 4X4 pour aller manger un bébé gnou à 10 mètres de là.
En fait y’a des niveaux dans tout. C’est l’autre paramètre à prendre en compte. Genre voir des bébés c’est mieux que voir des grands. Les voir jouer avec leur môman que c’est cromeugnon, ça compte vachement plus. Voir un papa lion avec une belle crinière ça rapporte plein de points, mais ça c’est juste paske Lionel en a jamais vu et que donc ça va l’énerver si vous lui dites. En revanche, si le papa lion fait des câlins à la maman lion, là ça compte vraiment double. Et le top du top c’est de voir une chasse. Genre la meute de lionnes affamées qui massacrent sous vos yeux un pauvre petit gnou innocent qui a été trop imprudent dans la folle inconscience de sa jeunesse et s’est isolé du troupeau. Ça c’est trop cool.
Enfin, dernier paramètre à prendre en compte, la mise en situation géo-spaciale. En gros, voir un lion au Parc du Tsavo West qui est le Parc où on voit jamais d’animaux parce que la végétation est trop touffue, ça compte plus que voir 49 lions au Maasai Mara où il y en a des troupeaux entiers qui font la sieste à tous les coins de piste. Tout comme spotter un lion tout seul comme un grand parce que on passe au bon moment au bon endroit, ça compte plus que repérer de loin un attroupement de 27 matatus et en déduire qu’il y a forcément un truc intéressant par là-bas mais on sait pas vraiment quoi vu qu’il y a trop de matatus qui cachent la vue, mais le japonais tout devant il a dit qu’il y avait 18 lions, voui madame, 18 !
Voilà, avec ça je devrais être capable d’aborder mes récits de safari avec un public un peu plus averti en face de moi… A propos, vu que le but quand même de ce post à l'origine était de vous parler de mon week-end dernier à Amboseli, ci-dessous, as usual, un accès vers l'album photo.
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| Amboseli |
* Matatu de safari (à ne pas confondre avec le matatu de ville) : mini-bus rempli de touriste que l’on croise très fréquemment sur les pistes des Parcs Nationaux. Autant dire que ça, ça rapporte 0 point quand on en voit…
jeudi 19 juillet 2007
Les petits fours de l’ambassadrice
Samedi dernier, c’était le 14 juillet. Et qui dit 14 juillet dit bien entendu cocktail chez madame l’Ambassadrice. Donc vêtue de ma très chic robe Comptoir des Cotonniers (spéciale dédicace maman), je me suis rendue à la Résidence de France pour boire du champagne avec mes compatriotes.
La Résidence de France est ironiquement située juste à la limite de Kibera, réputé pour être le plus grand bidonville d’Afrique (800 000 habitants). Enfin je vous rassure, le jardin de 3 ha où on pourrait mettre haut la main l’équivalent de 200 habitations de Kibera, est entouré d’un mur de 3 m. Et le voisin de pallier de l’Ambassadrice est l’ancien Président du Kenya. Ca compense…
A l’entrée donc de ce petit havre de paix au milieu de la jungle urbaine, le tri est effectué par deux fiers gendarmes français parés de leur plus bel uniforme de cérémonie. Une fois qu’on a montré patte blanche, on a le droit de faire la queue pour pouvoir serrer la main des plus hauts représentants français sur place à savoir lepremierconseillerlepremiersecretaireledirecteurdelafdlecolonel et j’en passe et des meilleurs mais comme j’étais en retard, je n’ai pas eu l’honneur de serrer la main de l’ambassadrice qui était déjà partie se préparer pour faire son discours.
Je me suis donc mêlée à la foule moyennement compacte (420 participants selon certains et 1048 selon une autre évaluation en fin de cocktail par quelqu’un qui avait bu pas mal de champagne) pour écouter la bonne parole. Bien sûr on a commencé par avoir droit à la Marseillaise version massacrée par un chœur de kenyans de bonne volonté mais qui visiblement n’ont pas compris que ce n’est pas un chant où il faut rajouter des trémolos à la fin de chaque phrase, mince quoi !
Ensuite donc Mme l’Ambassadrice a fait un discours sur l’amitié franco-kényane, et après elle le Ministre Kenyan des sports, des affaires sociales, de l’éducation, des femmes, du scrabble et des stylos à bille (bref, le type à qui on a refilé tous les portefeuilles ministériels dont personne ne voulait) a fait un discours sur l’amitié franco-kényane. Mais à force qu’on se retrouve toujours avec ce sous-ministre au 14 juillet alors que à l’Ambassade d’Allemagne c’est le Ministre des Affaires Etrangères Kenyan qui fait le déplacement, je finis par me demander si il n’en rajoute pas un peu, ce type, sur l’amitié franco-kényane.
Après cela ils ont levé leur verre à la santé du Président Kényan puis à la santé du Président Français, sauf que je me suis rendue compte que comme j’étais en retard, je n’avais pas eu le temps de choper un verre et du coup c’est ballot, mais j’ai pas pu me joindre à leur toast.
A ce moment-là j’ai aussi remarqué une espèce de translation d’invités discrète vers les buffets. Dès que les applaudissements pour les discours ont éclatés, le mouvement s’est fait plus net, et plein de gens armés d’assiettes et de fourchettes ce sont jetés sur le buffet couvert de fromage coulant et puant bien de chez nous et de charcuterie en tous genres (et oui, des fourchettes, vous avez bien lu… ben ils ont encore des choses à apprendre les types qui nous organisent notre buffet de 14 juillet !).
J’ai bien vu à la tête des assiettes des Kenyans présents qu’ils étaient un peu dubitatifs face à notre enthousiasme délirant à la vue de ces victuailles. La plupart n’ont même pas osé se servir de fromage, tellement les rumeurs qui circulent dessus leur ont fait peur. Et quand j’ai annoncé à une dame qui s’apprêtait à avaler une grosse fourchette de rillettes que c’était du pâté de porc, j’ai bien senti que je les achevait. Oui parce que j’ai réalisé à cette occasion que je n’avais jamais mangé de porc au Kenya. A priori il ne s’agit pas de quelque chose d’idéologique (la majorité des kenyans sont chrétiens) mais juste d’un truc culturel : le porc, ils connaissent pas trop, donc ça leur fait bizarre d’en manger. Ça s’est bien confirmé à l’air dégoûté avec lequel elle m’a répondu « you mean… this is… PIG ???? ».
Vers 15h la plupart des invités s’étaient éclipsés discrètement d’un pas titubant pour aller faire la sieste le reste de l’après-midi. Je suis restée un peu plus longtemps encore, je me disais « ça peut pas être terminé, on n’a pas encore eu les Ferrero Rocher ». Mais j’ai attendu en vain. J’ai dû me résoudre à l’évidence : cette année non plus on n’y aurait pas droit. Décidément, les Ambassadeurs n’ont pas le sens de l’auto-dérision.
mercredi 4 juillet 2007
Nakuru sans le léo...
Bref, enfin voilà, un aperçu de nos centres d'intérêt quand on part en safari, quoi... Une petite série de photos chouettes ceci dit, pour ceux qui veulent voir les flamands et autres rhinos d'un peu plus près. Et un récit imagé du plus bel embourbage que j'ai vu depuis longtemps ! C'était pas nous, désolée pour ceux qui se réjouissaient d'avance.
Et puis en plus il a fait beau, alors que toute la semaine le temps était complètement pourri, et moi le soleil le week-end je vote pour ! Pour couronner le tout, on était en fort bonne compagnie, puisqu'on a réussi à entraîner deux novices sympathiques avec nous, Stéphanie et Jérôme. Même si je soupçonne sérieusement leur manque d'enthousiasme communicatif à l'idée de se lever à 5h30 le dimanche pour le game drive* du matin d'avoir joué un rôle prépondérant dans notre échec à trouver le léo...

