Face au succès remporté par mon précédent message, je réitère et me relance dans un second « article politique ». Nan mais parce qu’il y’a encore un truc qui m’a interpellée. Et que même si l'actualité kenyane n'a pas l'air de vous passionner autant que mes récits de safari, après tout c'est mon blog donc j'y parle encore de ce que je veux ;-)
Bref . Donc le clergé kenyan est dans un sacré dilemme. C’est à cause d’Obama : le diable personnifié, vu qu’il s’est empressé d’annuler le « Global Gag Rule » à peine arrivé au pouvoir. Mais critiquer Obama, l’ « enfant du pays » devenu Président de la plus grande puissance mondiale, c’est pas très populaire.
Le Global Gag Rule, c’est cette règle mise en place par Reagan en 1984 et qui stipule que l’agence américaine d’aide au développement (USAID) ne financera pas les organisations non-gouvernementales de planning familial qui utilisent leurs propres fonds pour :
• apporter des conseils et recommandations en matière d’avortement ;
• promouvoir la légalisation ou une plus grande disponibilité de l’avortement ;
• fournir des services d’avortement.
Même dans les pays où l’avortement est légal.
De manière systématique depuis, la règle est annulée quand un président démocrate arrive au pouvoir, et rétablie aussitôt lorsqu’un président républicain lui succède. Obama l’a annulée à nouveau 3 jours après son investiture en janvier.
Ce qui est dingue c’est de constater l’influence qu’a ce va-et-vient sur les politiques de planning familial au Kenya. Le Gouvernement kenyan n’a même pas les moyens d’entretenir des hôpitaux dignes de ce nom, donc autant dire que les services de planning familial ne sont malheureusement pas leur priorité, malgré une natalité très élevée, un taux de mortalité maternelle et infantile itou, et une estimation de 328,000 avortements illégaux pratiqués annuellement, dans des conditions que je vous laisse imaginer.
Du coup ce sont presque exclusivement des associations financées par des fonds extérieurs qui apportent ce type de services. Des associations qui ne pratiquent pas d’avortement et ne le recommandent pas aux femmes kenyanes, puisque l’avortement est interdit dans le pays. Mais des associations qui sont souvent internationales et qui dans d’autres pays font le genre d’activités visées par le Global Gag Rule. Et qui donc en 2001, à l’arrivée de George W. Bush au pouvoir se sont vues du jour au lendemain privées de fonds américains, qui constituaient une bonne partie de leurs financements.
Exemple : l’association kenyane de planning familial (Family Health Options Kenya), qui avait 14 cliniques à travers le pays avant 2001. En 2001 elle a dû en fermer 3, puis 3 supplémentaires en 2002, en conséquence directe du retrait des soutiens américains à leurs activités. Presque la moitié de ses établissements ! Évidemment ils comptent sur la nouvelle annulation du Gag Rule pour retrouver les financements d’avant 2001, mais il faudra du temps pour remettre les structures en place.
Je trouve ça assez déprimant de constater l’influence du vote des américains sur un aspect aussi essentiel de la vie des kenyans, et surtout des kenyanes.
En même temps je me demande si je trouve pas ça encore presque plus déprimant de constater que notre cher président à nous n’a pas besoin de ce genre d’excuse pour supprimer drastiquement les financements des Plannings Familiaux français (même que j’en profite pour vous balancer un lien vers un autre blog que j’aime bien fréquenter pendant mes pauses café, et qui a parlé récemment de ce sujet : allez donc voir chez Caroline ce qu’elle en pense, tiens !).
mardi 17 février 2009
vendredi 13 février 2009
Justice
J'aime bien lire le blog de Maître Eolas qui fait des messages sur la Justice très intéressants et pointus sans être incompréhensibles pour les non-initiés (c'est une invitation à y faire un tour, même s'il sera probablement un peu trop critique envers Madame Dati aux yeux de Papa...). On y apprend plein de choses sur un milieu passionnant mais finalement relativement mal connu tant qu'on y est pas confronté directement. Un milieu dont les journaux ne parlent en général que pour en raconter les dysfonctionnement, lorsqu'un fait divers tourne au drame.
Bref, cette lecture a tendance à aiguiser ma curiosité pour le domaine, et du coup ces temps-ci je lis régulièrement les chroniques judiciaires des journaux kenyans. Des pages qui sont souvent très révélatrices d'un pays. Et du coup j'ai envie de vous faire partager deux petits faits divers, comme ça, choisis presque au hasard dans la page judiciaire du "Standard" d'aujourd'hui (pas traduit, j'aurais trop peur de me planter totalement dans les termes juridiques).
"A High Court Judge quashed a 20-year jail term for a man convicted of defiling a minor.
Judge M.M. yesterday ruled that the charge sheet did not state whether Mr. J.M.K.'s act was "unlawful". The charge also ommitted "without consent"."
Voilà alors on hurle haut et fort en France parce qu'un type soupçonné de viol a été relâché de prison à cause d'une faute de frappe... Mais au Kenya on en relâche un qui a été reconnu coupable (il avait été jugé en première instance) parce que le juge en appel note que l'accusation a oublié de préciser que ce dont elle l'accusait, un viol, était illégal.
"A Rongo magistrate has sentenced a man to two years in prison for stealing an iron sheet and being in possession of 1 roll of bhang.
Sr Resident Magsitrate D.K. handed M.O. the sentence after he was found guilty of the 2 charges.
The court was told that on December 7, last year, at K. in Rongai district, M.O. stole one iron sheet worth Sh. 500, the property of M.A. The court heard that on the same day, he was found in possession of one roll of bhang. O. beseeched the court for forgiveness, saying he was a sugarcane faremer who tried to earn a living lawfully."
Deuxième acte: on libère le type coupable de viol, en revanche on condamne à 2 ans de prison un gars qui a volé un bout de tôle ondulée d'une valeur, attention, de 5 euros ! Ouais, bon, il avait un peu de marijuana a côté, mais vu l'article je dirais à vue de nez l'équivalent de quelques grammes.
Je ne cite pas d'article de Maître Eolas en particulier, je dirais juste que ça me fait penser à ces discussions autour de la proportionnalité de la peine, du fait de tenir compte des perspectives de réinsertion tout cela... Du coup voir que ce petit cultivateur (rappelons accessoirement que le Kenya traverse en ce moment une sècheresse qualifiée par le Président de "Catastrophe Naturelle") va passer 2 ans en prison pour 5 euros et quelques grammes d'herbe... ça me laisse sans voix...
Bref, cette lecture a tendance à aiguiser ma curiosité pour le domaine, et du coup ces temps-ci je lis régulièrement les chroniques judiciaires des journaux kenyans. Des pages qui sont souvent très révélatrices d'un pays. Et du coup j'ai envie de vous faire partager deux petits faits divers, comme ça, choisis presque au hasard dans la page judiciaire du "Standard" d'aujourd'hui (pas traduit, j'aurais trop peur de me planter totalement dans les termes juridiques).
"A High Court Judge quashed a 20-year jail term for a man convicted of defiling a minor.
Judge M.M. yesterday ruled that the charge sheet did not state whether Mr. J.M.K.'s act was "unlawful". The charge also ommitted "without consent"."
Voilà alors on hurle haut et fort en France parce qu'un type soupçonné de viol a été relâché de prison à cause d'une faute de frappe... Mais au Kenya on en relâche un qui a été reconnu coupable (il avait été jugé en première instance) parce que le juge en appel note que l'accusation a oublié de préciser que ce dont elle l'accusait, un viol, était illégal.
"A Rongo magistrate has sentenced a man to two years in prison for stealing an iron sheet and being in possession of 1 roll of bhang.
Sr Resident Magsitrate D.K. handed M.O. the sentence after he was found guilty of the 2 charges.
The court was told that on December 7, last year, at K. in Rongai district, M.O. stole one iron sheet worth Sh. 500, the property of M.A. The court heard that on the same day, he was found in possession of one roll of bhang. O. beseeched the court for forgiveness, saying he was a sugarcane faremer who tried to earn a living lawfully."
Deuxième acte: on libère le type coupable de viol, en revanche on condamne à 2 ans de prison un gars qui a volé un bout de tôle ondulée d'une valeur, attention, de 5 euros ! Ouais, bon, il avait un peu de marijuana a côté, mais vu l'article je dirais à vue de nez l'équivalent de quelques grammes.
Je ne cite pas d'article de Maître Eolas en particulier, je dirais juste que ça me fait penser à ces discussions autour de la proportionnalité de la peine, du fait de tenir compte des perspectives de réinsertion tout cela... Du coup voir que ce petit cultivateur (rappelons accessoirement que le Kenya traverse en ce moment une sècheresse qualifiée par le Président de "Catastrophe Naturelle") va passer 2 ans en prison pour 5 euros et quelques grammes d'herbe... ça me laisse sans voix...
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