Le lac de Naivasha est situé à environ 1h30 de Nairobi, au fond de la Rift Valley. La route qui en fait le tour est bordée d'une série de campings, cottages et lodge de luxe qui permettent aux citadins de venir décompresser du stress urbain. On trouve aussi des alignements d'immenses serres couvertes de bâches blanches. Elles abritent des plantations de roses, celles-là même qui se retrouvent chez les fleuristes en Europe.Les plantations de rose sont jouxtées de longues baraques grises et tristes toutes identiques, les habitations des ouvriers. Chaque bâtiment consiste en une suite de fenêtres et portes qui ouvrent sur ce qu'on devine n'être probablement que deux petites pièces au maximum par famille.
C'est un spectacle qui m'a toujours mise un peu mal à l'aise. D'un côté, comparé aux villages alentours où les maisons ne sont souvent que quelques planches en bois couvertes de tôle ondulée rouillée, les ouvriers ne sont pas si mal lotis. Surtout lorsque l'on sait qu'ils ont accès à l'eau courante, à des services de santé et que leurs enfants fréquentent gratuitement des écoles ouvertes juste pour eux.
D'un autre côté, on se demande si les gens ne sont pas parqués là pour être mieux surveillés. Et si ça ne limite pas dangereusement les velléités contestataires quand on sait que si on perd son travail, on perd du même coup son toit, l'accès à l'éducation pour ses enfants, les soins de santé, etc.
Un nouvel élément à fait son apparition au bord de la route du lac depuis février: le camp des IDPs (internally displaced people, personnes déplacées suite aux violences postélectorales). De loin, l'alignement de tentes blanches pourrait faire penser à une serre, mais on s'aperçoit vite que les tentes sont beaucoup plus petites, et les toiles frappées du sigle bleu des UN. Le tout entouré de barbelés, autant pour protéger les réfugiés que pour les contenir.
Les plantations de fleurs ont besoin d'une main d'oeuvre abondante. Elles ont donc fait venir des habitants de tous les coins du pays. Or en janvier/février, les kikuyus, habitants originels de la région, ont décidé d'aller déloger violemment leurs voisins luos ou kalenjins pour se venger des exactions commises contre eux dans d'autres parties du pays. Le calme est maintenant revenu à Naivasha, mais les IDPs sont encore là pour montrer que le problème est en fait loin d'être résolu.
Justement samedi, à l'approche du camp, les voitures sont arrêtées au milieu de la route. On nous dit que la route est bloquée. On avance prudemment, des policiers qui ont l'air détendu nous font signe de continuer malgré la foule qui a envahi la route devant l'entrée du camp. On décide de passer tranquillement, les gens s'écartent et dans la bonne humeur nous lancent des "Raila ! Raila !*". Les IDPs manifestent pour rappeler leur présence et faire en sorte que le gouvernement ne les oublie pas trop vite.
Voilà, à part ça (et même en incluant ça, puisque l'"incident" qui n'en était pas un a duré à peine quelques secondes et fut plus instructif qu'effrayant), on a passé un bon week-end dans un de ces cottages en bordure de lac. Un week-end qui s'annonçait sous le signe de la Bretagne, tellement il crachinait méchamment à Nairobi le samedi, d'où un achat compulsif collectif de bottes en caoutchouc, mais qui s'est terminé sous une météo beaucoup plus clémente qu'on le craignait. Dommage, on était parés pour courir sous la pluie et sauter dans les flaques...
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| Naivasha (cliquez pour accèder à l'album) |
* Raila Odinga, candidat malheureux à l'élection présidentielle, originaire de l'ethnie luo, qui accuse le Président Kibaki de lui avoir volé la victoire.

4 commentaires:
Quel laiiser-aller: rien depuis le 29 avril !
Tu l'as dit bouffie !
Oh horreur, je n'avais pas visité ton blog depuis très longtemps. Merci pour la citation, mais as-tu la meme foulée légère? (!!!).
Bien sûr. C'est la photo qui n'est pas très bien prise, plus mon jean spécial week-end à la campagne peu seyant qui laissent croire que j'aurais pu accumuler quelques kilos d'ugali sur les hanches. Mais pour de vrai je suis toujours fine et légère comme une gazelle ! Tel père, telle fille.
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