lundi 3 novembre 2008

My First President

Bon alors comme j'expliquais, pour la mission de SGC, le programme a changé environ 450 fois. Et notamment il y a dix jours alors que je trouvais le programme pas mal, que je réussissais à faire tenir les rendez-vous principaux ET le voyage en hélico, SGC a dit "Tiens et si on essayait d'avoir un entretien avec la Présidente ?". Ben voyons, pas de problème, je l'appelle, on se fait une bouffe !

Petit rappel: la Présidente du Liberia, c'est Ellen Johnson Sirleaf. Ellen, c'est pas n'importe qui. Elle a pour la première fois été Ministre au Liberia dans les années 70, a été trois fois candidates à l'élection présidentielle, s'est fait jeter en prison une fois et exiler bien plus souvent. Elle a occupé des postes hauts placés dans des banques internationales et surtout été Directrice du Bureau Afrique du PNUD et a travaillé pour la Banque Mondiale. Et puis bien sûr, surtout, elle est la première femme élue Présidente d'un pays africain.

Grâce à son parcours international, EJS a réussi à crédibiliser l'image du Liberia auprès de la communauté internationale (certainement plus que n'aurait pu le faire George Weah, candidat malheureux à l'élection...) afin d'obtenir le soutien nécessaire pour sortir le pays de la situation catastrophique dans laquelle il se trouvait à la fin de 15 années de conflit. Elle a aussi la réputation d'avoir un fort caractère (elle est parfois surnommée "the Iron Lady") et de ne pas hésiter à dire ce qu'elle pense aux bailleurs internationaux et aux membres des Nations Unies (souvent des ex-collègues d'ailleurs...) quand ils ne travaillent pas assez vite et bien à son goût.

Bref, donc revenons à nos moutons: on en était donc au moment où une semaine avant la venue de SGC je devais lui obtenir un rendez-vous avec EJS (vous dites quand ça fait trop d'abbréviations, hein...). Donc j'écris une jolie lettre à Son Excellence Madame la Présidente, je vais harceler son service du protocole, je téléphone à droite à gauche, et je vois bien que ça donne rien. Déçue j'étais, car à part faire un baptême d'hélico gratos, la deuxième chose dont je rêvais au Libéria c'était rencontrer la Présidente. Mais bon, c'est la vie, les gens importants n'ont pas que ça à faire, tout ça.

Sauf que (y'en a eu un tas des "sauf que" la semaine dernière !), le vendredi, alors que SGC partait le samedi midi, je reçois un coup de téléphone en fin de journée, je comprends rien, j'entends quelqu'un qui me dit :

"Et à quelle heure ils partent pour l'aéroport?"

"A 13h"

"Donc vers 11h ce serait bon ?"

"Oui oui mais... euh... vous pouvez reprendre du début, c'est qui exactement qui téléphone ?"

"... Le Bureau de la Présidente"

Là je me suis évanouie, je me suis réveillée, donné trois claques, j'ai respiré bien fort, et ensuite j'ai pris la voix la plus naturelle du monde:
"Oui d'accord bien sûr, donc demain à 11h, c'est noté, merci bien !"

Faut jamais laisser croire aux gens que tu es surexcitée à l'idée de rencontrer la Présidente, faut faire comme si ça allait de soi, enfin. Ceci dit pour être honnête je pense que j'ai dit merci avec un peu trop d'insistance et un trop grand nombre de fois et qu'elle s'est doutée de quelque chose, la dame. Ben quoi, aussi, c'est pas tout les jours qu'on rencontre un Président, et surtout pas une Présidente de la carrure de ESJ !!!

Donc voilà, samedi à 11h, dans un bureau à moquette molletonnée en haut d'un grand immeuble avec vue sur la ville d'un côté et la mer de l'autre, on a rencontré Ellen. Je lui ai serré la main. Evidemment elle ne m'a pas addressé la parole une seule fois, Ellen parlait à SGC, faut pas exagérer. Mais quand même je dois dire que c'était un moment assez émotionnant.

PS: La photo est un morceau du pagne créé pour célébrer l'anniversaire de la Présidente qui avait lieu mercredi dernier. Plein de libériennes portaient des robes faites de ce pagne le jour J. C'est pour compléter la collec commencée par les parents dans les 70s en Côte d'Ivoire avec l'acquisition d'un superbe pagne Houpouët-Giscard. Je remercie 1000 fois Aude et Eirini (voir leur blog par ici) qui ont réussi à m'en dégoter un bout.

dimanche 2 novembre 2008

Comment je n’ai pas fait mon baptême d’hélicoptère

Le Liberia héberge l’une des plus importantes missions de maintien de la paix des Nati0ns Unies. 11 000 casques blues répartis à travers le pays. Et donc toute la logistique qui va avec. Il y a moins de 300 km de routes goudronnées au Liberia et il pleut 6 mois par an, et quand il pleut ici… il pleut vraiment ! Donc pendant cette période les routes sont complètement impraticables, de même que pendant une longue période après, le temps d’être remises en état, ce qui en fait parfois n’intervient pas avant la saison des pluies suivantes… Du coup il y a des endroits comme Pétaouchnokville dans le Sud Est du pays, où on a construit un bâtiment administratif, qui est à 700 km de Monrovia… et 3 jours de route !


Ça c’était pour vous planter le décor et expliquer pourquoi la mission des U*N a mis en place des vols d’hélicoptère qui chaque semaine desservent les coins perdus du Liberia, là où sont postées leurs troupes, et qu’accessoirement on a le droit de s’en servir gratuitement pour aller visiter nos projets. Le décor planté avait pour objectif que vous ne hurliez pas au scandale de comment ça, tout cet argent jeté par les fenêtres : le fait est que s’il n’y avait pas ça, ce serait vraiment difficile de travailler dans le pays.


Ceci étant dit, je dois dire que du coup j’attends depuis mon arrivée ici l’opportunité de pouvoir faire mon baptême d’hélico gratis. Je me dis qu’il y a bien un jour où on va devoir aller inaugurer un projet et où il faudra absolument que je me rende. En général c’est plutôt mes collègues qui en profitent, vu que c’est eux qui gèrent les projets alors que moi je suis plutôt au bureau à m’arracher les cheveux sur des problèmes administratifs ou à participer à des interminables réunions de haut niveau sans intérêt.


Sauf que sauf que… l’occasion s’est finalement présentée la semaine dernière. Grand chef, enfin Super Grand Chef (appelons-le SGC), number one de l’UN0PS genre au-dessus de lui il n’y a que Ban Ki-M00n, est venu visiter le Liberia. Le mauvais côté c’est que j’ai dû gérer toute l’organisation ce qui est propice au développement de stress intense et prolongé. Le bon côté c’est qu’on avait prévu de l’emmener à Pétaouchnokville inaugurer le bâtiment qu’on y a construit. Et que du coup il fallait y aller en hélico et que du coup il fallait que je me joigne au voyage. Je tenais enfin mon occase !


Malheureusement c’est bien connu, dans ce genre de mission rien ne se passe comme prévu et le programme a été modifié environ 450 fois les jours précédents l’arrivée de SGC. Et je dois avouer que j’ai sabordé moi-même mon baptême d’hélico en constatant qu’on arriverait jamais à faire tenir tous les rendez-vous qu’on voulait si SGC allait couper des rubans à Pétaouchnokville toute une journée. Je lui ai donc à contre-cœur recommandé d’annuler cette partie du programme. Et il a approuvé.


Ceci dit il y a plus ou moins une justice puisque l’inauguration en elle-même n’a pas été annulée pour autant mais on a envoyé des collègues y représenter notre noble insitution… sauf qu’ils ont passé 3 heures et demi dans les airs et ne se sont jamais posés à Pétaouchnokville, faute de trouver une éclaircie propice à un atterrissage, la saison des pluies ayant décidé de faire un peu de rab cette année. Et que autant ça me dirait bien de me faire un vol en hélico, autant passer 3h30 coincée dans une espace confiné avec des boules quies dans les oreilles pour supporter le bruit suspendue entre la terre et le ciel, ça me fait pas rêver…


Demain je vous raconterai comment en revanche j’ai rencontré Ellen.