Depuis que ne travaille plus à l’Ambassade, j’ai la chance d’avoir des collègues de tout plein de nationalités et non pas que des français (ouais j’exagère, à l’Ambassade il y a des kenyans… les hommes de ménage… sic). Ce qui me donne l’occasion de faire tout plein de petites analyses sur les relations interculturelles et tout ça.
Un exemple : un jour on reçoit un mail « Je suis au regret de vous annoncer que le père de Machin est décédé hier. Nous ferons passer dans la journée une enveloppe pour vos contributions ». Je m’interloque. Ainsi que mes collègues « internationaux ». Comment ça quand un parent d’un collègue décède il faut lui donner de l’argent ? Ben c’est la tradition au Kenya, ta collègue kenyane t’explique. Et comme tu veux montrer que tu es quelqu’un d’ouvert et sensible aux différences culturelles et tout, tu t’exécutes. Surtout que l’enveloppe qui passe, elle est apportée par un type qui t’oblige à écrire ton nom et la somme que tu donnes, sur une liste que tout le monde peut voir. Officiellement pour éviter qu’il ne sucre de l’argent sur le dos du mort. Bref.
Le même jour on reçoit un mail : « Je suis heureuse de vous annoncer que Machine a accouché hier d’une petite fille. Si vous voulez participer à un cadeau commun, vous pouvez me déposer vos contributions. » Et là je m’interloque pas : ben oui, une collègue accouche, ça me fait plaisir de participer à un cadeau. Je remarque juste que dans ce cas on fait pas passer l’enveloppe et on met pas son nom… Comme si pour les Kenyans ça semblait moins évident de donner pour une naissance que pour un décès. Marrant.
Du coup tout ça te fait refléchir à comment c'est intéressant de voir qu'on n'a pas du tout la même approche et les mêmes réactions face aux évènements de la vie. Et tu apprends, pour savoir t'ouvrir aux autres cultures et pouvoir réagir de manière appropriée le prochain coup.
Justement, l’autre jour, une autre collègue perd son père. Donc cette fois on s’interloque plus, on a compris, on donne l’argent et on met le nom et la somme sur l’enveloppe. Et puis mon chef pris d’un grand élan de générosité dit que si certains veulent aller assister aux funérailles, qui se déroulent à l’autre bout du pays, ben il prête gratos la voiture du bureau pour le week-end. Sauf que… la veille du départ, on se rend compte qu’il manque une pièce dans la voiture, qu’on devait remplacer mais qui n’est pas arrivée. Et que donc la voiture roulotte tant bien que mal, mais qu’elle n’est pas prête à faire 1000 bornes de route parsemée de nids de poule. Donc on prévient les collègues qui devaient partir qu’ils vont malheureusement devoir se débrouiller autrement.
Et là, une des collègues qui devait aller aux funérailles va voir sa chef et lui demande… si du coup on peut pas lui payer son billet d’avion aller/retour sur le budget administratif du bureau. Ben voyons ! Et puis l'hôtel et le coiffeur aussi, non ? Sa chef a ri. Ben oui, relations interculturelles je veux bien, mais enfin faut pas non plus pousser mémé dans les orties...



