vendredi 21 septembre 2007

Et le président est…

Bon, oui je sais, j’ai pas beaucoup mis tout ça à jour ces derniers temps. Et puis j’ai des photos de quelques jours que j’ai passés à la plage dernièrement que je devrais mettre en ligne mais j’ai pas trouvé les temps cette semaine. Donc pour vous faire patienter je me suis dit que j’allais changer un peu de sujet (la plage et les safaris, ça devient un peu trop commun) pour vous parler des élections présidentielles kenyanes.

Les gens qui s’y connaissent vraiment en politique kenyane, passez votre chemin, vu que je serai volontairement expéditive et que je ferai des raccourcis honteux ! Ben sinon ce sera moins drôle…

Pour placer le contexte : en 1963 le Kenya devient indépendant. Il est dirigé pendant une quinzaine d’années par Jomo Kenyatta (la figure du libérateur bla bla bla), puis après sa mort pendant près de 25 ans par Daniel arap Moi. Jusqu’en 1990, c’est un régime de parti unique (genre il y a des élections avec un seul candidat qui gagne à 98% des voix histoire de pas dire 100%), puis le multipartisme est autorisé, mais pendant une bonne dizaine d’années l’opposition est dispersée et trop faible pour pouvoir gagner les élections.

En 2002 toutefois, l’opposition réussit à se rassembler dans une coalition, la National Rainbow Coalition (NARC), et son candidat, Mwai Kibaki, remporte les élections présidentielles. Il faut dire que d’un côté, Moi n’avait plus le droit de se présenter, la NARC n’avait donc pas LE président comme opposant[*]. Tandis que de l’autre côté, la moitié du parti d’opposition était composé… d’anciens membres du parti de Moi !

Oui, car c’est là l’une des belles particularités de la politique à la kenyane : on n’est pas dans un parti pour les idées (quelle idée !) mais parce qu’on pense que son candidat va gagner. Genre quand certains membres de la KANU, le parti de Moi, ont senti le vent tourner, ils sont allés prendre leur carte au parti d’en face. Et personne n’a été choqué. Les kenyans sont habitués à voir leurs hommes politiques virevolter d’un parti à l’autre et créer de nouveaux partis à tout va avec leurs « ennemis » de la veille.

Du coup aujourd’hui on arrive à la situation extrême et fort intéressante où le chef de l’opposition, celui qui a perdu les élections face à Kibaki il y a 5 ans, vient d’annoncer… qu’il ralliait le camp de Kibaki pour les prochaines élections ! Un peu comme si Ségo en 2012 annonçait qu’elle allait soutenir la candidature de Sarko. Les analystes politiques s’extasient devant cette situation sans précédent dans l’histoire des démocraties disent-ils. Moi je rigole bien.

L’autre paramètre à prendre en compte au Kenya est le fait que tu votes pour le type qui vient de ton ethnie. Donc aux prochaines élections, exemple, les Kikuyus voteront pour Kibaki et les Luos voteront pour Odinga. Et comme les Kikuyus sont plus nombreux, il y a de fortes chances que Kibaki soit réélu ! Facile, non ? D’autant que les gens colportent des histoires démentes, genre ce type sur la Côte qui nous a dit qu’il voterait pour Kibaki car si Odinga gagne (le Luo, si vous me suivez bien…), tous les Luos viendront s’installer sur la Côte (pour l’instant ils habitent plutôt du côté du Lac Victoria) et ils seront les seuls à avoir l’autorisation de pêcher.

Voillà, avec tout ça le plus étonnant je trouve c’est que les kenyans sont totalement passionnés par toutes ces histoires. Les journaux nationaux ne parlent que de ça : qui est passé dans le camp de qui ; de quelle ethnie vient machin qui vient de se rallier à trucmuche et comment cela pourrait l’aider à obtenir les voix de telle région ; etc. Et ils vendent leurs exemplaires comme des petits pains. Par contre me demandez pas le programme des trois candidats : sauver les pauvres et arrêter la corruption, ça s’arrête à peu près à de grandes déclarations de ce type.

Ils riraient bien s’ils voyaient le débat entre Sarko et Ségo où ça se balançait du chiffre et des noms d’économistes à tout va… En même temps, nous aussi on a bien rigolé ! Bref, l’un dans l’autre, est-ce vraiment pire ?


[*] Accessoirement, les mauvaises langues disent que Moi aurait pris quelques précautions, genre j’accepte que vous élisiez un président de l’opposition, mais à condition qu’il ne regarde pas de trop près les possessions immenses que j’ai acquises pendant mes années au pouvoir (naaaaan, pensez-vous !)